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( ... / ... ) Cette démarche accomplie, nous rejoignons nos lieux de travail, Lauriande à son bureau et moi à l'atelier où règne une effervescence inaccoutumée. Je vois des pompiers avec leur camion flambant neuf s'affairer autour d'un long tuyau et tenter de l'enrouler sur le grand tambour fixé à l'arrière du puissant véhicule. Je questionne Sylvestre sur la présence de ces hommes:
"C'est Joël qui a fait partir une fusée dans le grenier et ça a commencé à bien brûler.
- Mais je croyais le matériel de sécurité des bateaux dans le magasin?
- Oui! Le matériel neuf. Mais les vieilles fusées périmées sont cachées dans le grenier. Les pompiers sont venus vite et le feu est éteint mais maintenant il y a de l'eau partout. Monsieur Marcel est monté trier les caisses et le reste.
- Et toi? Tu donnes un coup de main aux pompiers?
- Moi, je travaillais sur "New Bell" quand j'ai entendu les cris et je suis venu voir.
- Et tu ne l'aides pas, toi qui connais l'entrepôt par cœur?
- Ceux qui font des conneries doivent les réparer!
- Ce n'est pas Marcel qui l'a faite, cette connerie?
- Peut-être, mais il est responsable de nous tous.
- Et tu ne te sens pas concerné par ce qui aurait pu être grave?
- Non! Je n'y suis pour rien.
- C'est une façon de voir. Et quand un bateau revient en panne, même si tu n'as pas travaillé dessus avant son départ, ce n'est pas ton problème?
- C'est pas pareil. Mon travail c'est la mécanique, alors si le bateau a un ennui de moteur je m'en occupe.
- Alors, tout ce qui sort de la mécanique t'est étranger?
- Oui! Chacun son travail
- Bon! Retourne sur "New Bell", je vais voir Marcel."
Après cet échange infructueux mais révélateur sur l'investissement inexistant de cette catégorie de personne, je monte à l'échelle posée en hâte sur le côté du grenier où je retrouve Marcel, les mains noires de suie, qui écarte les caisses gorgées d'eau et râle à qui veut l'entendre:
"Ce sont de vrais gosses, il faudrait tout mettre sous clé, et encore, ils forceraient les serrures simplement pour voir ce qu'il y a à l'intérieur.
- Il y a beaucoup de dégâts?
- Moins que je ne craignais. C'est surtout l'eau qui va poser un problème maintenant. Il n'y a que deux caisses noircies mais de l'eau partout.
- Je vais t'aider à tout sortir pour bien assécher le plancher. Mais, il n'y a personne avec toi?
- J'ai envoyé Joël chez Régis qui va lui donner un avertissement; je ne peux pas laisser passer ça sans faire un exemple. Aujourd'hui ce n'est pas trop grave mais imagine qu'il y ait eu un blessé ou vraiment un incendie.
- Oui, je te comprends. Surtout quand je viens d'entendre Sylvestre me parler du «chacun pour soi» et que, hormis la mécanique, rien ne le préoccupe.
- Ça ne m'étonne pas. Il fait bien son travail mais pas plus. Si tu lui demandes un coup de main dans sa branche, il le fera mais jamais de sa propre initiative il n'ira vers toi.
- Et comme il est un peu chef ici, tout le monde calque sa conduite sur la sienne.
- Entre lui et Simon c'est le dur face au fier, et aucun des deux ne veut plier, comme si rendre service était infamant. Obéir à un supérieur, certes; mais ne pas tendre la tête au joug!
- Tu n'as pas trop de mal à te faire respecter, d'après ce que je vois.
- Les aînés connaissent bien leur métier et savent à qui ils ont affaire. Tant que tu peux te montrer meilleur qu'eux il n'y aura aucun pépin, et comme ils sont écoutés c'est le plus sûr moyen d'obtenir la collaboration de tous."
Tandis que nous devisons sur l'entraide humaine au sein de l'armement un jeune homme que j'avais vu à plusieurs reprises au marché au poisson apparaît au sommet de l'échelle et nous propose ses services maintenant que la vente est terminée. Marcel tardant à faire les présentations, il prend les devants:
"Je suis Hervé. Je travaille à la vente du poisson avec les mareyeurs.
- Bonjour, moi c'est Luc. Je suis de passage chez vous pour donner un coup de main à Marcel sur les bateaux de l'armement. ( ... / ... )
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