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( ... / ... ) L'émotion me saisit tendrement par les épaules quand Lauriande ouvre la porte et allume la lampe. Une douce lueur envahit la pièce et mes yeux. L'instant où je devais être seul avec elle arrive et il ne saurait être question de reculer même si une certaine crainte se mêle au plaisir qui sourd en moi.
Je sens la porte se refermer dans mon dos et une main me caresser partout à la fois tandis que l'autre me frôle la nuque et attire mes lèvres contre le visage qui me sourit. Les mots n'ont plus leur place, les bouches ne parlent plus mais s'enlacent, les gestes n'existent plus, seuls deux corps se fondent l'un dans l'autre.
Où suis-je? Tout à l'heure j'étais en pleine jungle et me voici dans les bras d'une déesse. Je me sens un peu abasourdi par ce qui m'arrive et ne sais si je veux me réveiller ou me complaire dans cette douceur qui me fait tant de bien. Je me laisse aller comme on s'abandonne sans retenue quand la peur est apaisée ; plus rien ne m'importe que l'instant que je vis mais ce n'est plus moi qui agis, je ne suis plus en moi.
Un éclair aussi bref que violent m'a montré ma famille en terre bretonne et le séisme qui suivit m'a déséquilibré pour me pousser sur le lit, toujours dans les bras de Lauriande.
"Que t'arrive-t-il, mon chéri?
- Oh, là! J'ai reçu comme une claque. J'espère que tu ne t'es pas fait mal en tombant?
- Moi, non! Mais que s'est-il passé?"
Un peu ébranlé par ce qui a secoué mon esprit, de cette manière aussi fugitive que soudaine, je lui raconte cette apparition qui m'a chaviré au sens propre du terme. Et, loin de rire ou de prendre ses affaires en me laissant pantois, elle me parle doucement, me rassure comme seule une femme peut le faire devant un être désorienté et chancelant. La délicatesse de son attitude, le calme de ses paroles, la justesse de ses mots, achèvent mon rétablissement.
"Je pense qu'il est normal que ta famille te manque et le fait d'être seul avec moi crée ce lien qui te ramène vers les tiens.
- Tu comprends ce que je ressens. Et pourquoi ne pourrais-je pas être bien avec toi? La journée s'est déroulée d'une façon divine et voilà que ce soir…
- Tu n'as rien à te reprocher. Ne t'inquiète pas, je vais m'occuper de toi. Viens contre moi."
Docile, je me blottis sous son aile et tandis que je me laisse dorloter les images du jour prennent place devant mes yeux mi-clos. Partout je ne revois que le visage rayonnant de ma compagne, une véritable et sincère quiétude s'instaure en moi; le cœur et le corps se calment, je retrouve le plaisir de l'échange, les baisers revigorent mon âme tout à l'heure agitée et maintenant rassurée.
Allongé de tout mon long je goûte la saveur exquise des lèvres de Lauriande qui, penchée sur moi, ne compte pas ses caresses et dans un déhanchement félin fait connaissance avec mon corps tout entier. De frissons en tremblements d'extase je me laisse ainsi conquérir, moment si doux et si intime. Les paroles se font muettes, les gestes langoureux se croisent et se multiplient, la communion se parfait en une harmonie théâtrale. ( ... / ... )
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