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( ... / ... ) A mesure que les jours s'allongent, que le soleil daigne se montrer de plus en plus souvent, le moral subit l'évolution des saisons et les larmes se tarissent à l'image des oueds sahariens. Dimanche prochain, le Père Raphalen nous l'a promis, nous allons faire un grand jeu de piste et l'arrivée se fera sur la côte au nord de Pont-Croix. Pour certains d'entre nous ce sera la première fois qu'ils verront la Grande Bleue et même s'il est hors de question de s'y baigner, les falaises ne s'y prêtant pas, nous pensons pouvoir descendre assez bas et ainsi toucher l'élément liquide.
Une équipe de quelques volontaires a accompagné le Père dans ses appartements privés pour les préparatifs de l'expédition. Notre cohorte de séminaristes sera divisée en plusieurs groupes et chacun de ceux-ci ira par une route différente pour atteindre, nous l'espérons tous, la falaise de Coz-Castel. Evidemment le soir, au retour des aides du Père Raphalen, nous les pressons de questions mais imperturbables, même sous la torture ou la corruption, ils nous répondent invariablement:
"Il y aura des surprises!"
Ainsi les jours passent et, signe de l'arrivée des beaux jours, nous voyons les grands installer sur leur cour des poteaux reliés par des filets... les premiers terrains de volley-ball prennent forme! Mais seule la cour des 3èmes et 4èmes est pourvue de ces trous indispensables à la transformation radicale de leurs jeux. Pour eux, et eux seuls, fini le football, si ce ne sont quelques irréductibles fanatiques qui ont conservé un espace, réduit soit, mais où les confrontations sont aussi acharnées qu'en plein hiver.
Nous, les petits, devrons rester dans notre terre-battue qui nous fait office de cour. Maintenant nous connaissons chaque caillou et la plupart d'entre eux est un repère pour nos ébats collectifs. Les autres cours aussi ont connu leurs évolutions; et même si la nôtre reste ainsi car plus tard elle doit servir, dit-on, de cour d'honneur, le bitume est très récent chez les grands et les 5èmes. Les tilleuls y ont leur place depuis des décennies et leur vigueur n'est en rien ébranlée par les bravades de ces jeunes gens impétueux montant à l'assaut de leurs branches féodales, tels ces fiers serfs faisant fi des lois médiévales et tentant le tout pour le tout pour venir vomir leur venin contre leur seigneur. Ils sont arrogants, ils sont superbes; un écu, une épée, un peu d'imagination et nous voilà plongés dans un autre monde, dans une autre vie... Il est aisé de partir ainsi, de voyager dans le temps. Fiction, rêve, imagination, il sera toujours l'heure de redescendre, mais il est si bon de s'envoler vers d'autres cieux, de se nourrir à d'autres festins immatériels. ( ... / ... )
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